L'art d'Abel Bertram
L'impressionnisme par Abel Bertram
L'Art d'Abel Bertram et le Mouvement Impressionniste
L’Art d’Abel Bertram se rattache sans l’ombre d’un doute au mouvement impressionniste.
Il maitrise totalement la matière et son support. Très méticuleux, il prépare ses toiles et vous trouverez rarement des craquelures sur ses oeuvres.
L’Autonomie de la Touche et l’Usage des Couleurs
Il privilégie l’autonomie de la touche ; chacune étant porteuse de couleurs et de lumière. Pendant sa période éclatante, la touche du pinceau est marquée, les couleurs sont vives et posées en aplats. On parle de couleurs pures.
Le critique d’art Henry HUGAULT décrit admirablement, lors de la rétrospective de l’artiste chez Durand Ruel, la magie de son art :
« La palette si diverse, si large, ses gammes chromatiques qui ont si profondes résonnances, ailleurs ses tons fondus jusqu’à l’uniformité, témoignent de l’absolue maîtrise de ce magicien de la couleur. La construction est solide, ainsi que le dessin qu’un large trait souligne au besoin, cependant que le reste est enrobé par des taches fulgurantes, que le rythme emporte tout et nous emporte aussi, nous entraîne irrésistiblement, justement parce que cette oeuvre est par-dessus tout sensible. »
L'Évolution de Sa Peinture : L'Utilisation du Noir
Puis sa peinture évolue. Il utilise ensuite fréquemment le noir, et plus particulièrement autour de l’année 1938, où l’on parle même de manière noire.
Il fait partie de cette lignée d’artistes qui considèrent le noir comme l’élément dominant de la lumière, tels que :
- SOULAGES, pour qui le noir serait l’expression suprême de la lumière,
- RENOIR, l’artiste indiquant à Julie MANET : « il n’y a que du noir et du blanc dans la peinture »,
- LE CARAVAGE, connu pour la force de son clair-obscur où le noir profond inonde la toile.
Abel Bertram et l'Aquarelle : Une Vision Particulière
Contrairement à d’autres artistes, Abel BERTRAM a une vision particulière de l’aquarelle, qui est pour lui aussi importante que la peinture à l’huile. Il ne la considère pas comme un art mineur et a été très prolifique en cette matière.
D’ailleurs, cet art si sensible est magnifié par la touche aérienne de BERTRAM.
Avec l’aquarelle, il n’y a pas de possibilité de reprise (on parle de repentir) ; seule la maîtrise totale de la technique associée à sa créativité confère à ses oeuvres grâce et harmonie.
On retrouve la sérénité des Maîtres japonais, leur dépouillement dans une osmose totale avec la nature.
Interview de l'Artiste par Daniel Maybon (1950)
Cette interview de l’artiste en 1950, par Daniel Maybon, nous fait comprendre mieux que toute explication théorique le rapport de Bertram avec la peinture :
« – J’ai toujours aimé la peinture, dès mes plus tendres années. C’était d’ailleurs mon seul penchant car, pour le reste, je l’avoue sans honte, j’étais un véritable fruit sec, un débaucheur d’enfants studieux. Mais la peinture ! Il n’était pas de fêtes où je demandais comme cadeau une boîte de crayons de couleurs. En somme, si vous voulez, j’étais dernier partout au lycée mais premier en dessin, et aussi, soyons juste, en gymnastique. En grandissant, ma vocation s’est affirmée. »
« – Et naturellement, selon le cliché, votre famille l’a contrariée…
Pas précisément. Nous habitions Saint-Omer où je suis né en 1871, et qui est demeuré mon lieu d’élection où je me repose chaque année.
Vous voulez dire ‘Où je me repose en peignant…’
C’est ça. Mes parents dirigeaient une entreprise de transports. J’avais deux sœurs mais j’étais le seul garçon. Bien sûr, mes parents auraient désiré que je prenne leur succession mais lorsque mon professeur (un brave homme sans rancune car, tout de même, j’étais un mauvais élève !) est venu voir mes parents pour leur dire : ‘Laissez Abel faire de la peinture, c’est sa voie’, mes parents se montrèrent favorables. J’ai lâché le Lycée de Saint-Omer, suis parti pour Lille où j’ai fréquenté pendant 2 ans l’école des Beaux-Arts. Enfin, je rejoignis Paris, ce qui a un peu chagriné Maman. Là, grâce à une bourse de ma ville natale, je suis resté 4 ou 5 années à l’Atelier Bonnat. »
« – Qu’aviez-vous comme ‘confrères’ ?
FRIESZ, DUFY… Bonnat, comme professeur, en valait un autre. Je me rappelle d’une de ses phrases dite avec l’accent de Bayonne : ‘Pour faire de la bonne peinture, il faut être presque aveugle’. Il voulait dire ‘il faut dépouiller, ne voir que l’essentiel’. »
« – Par la suite, vous avez donc continué selon le processus habituel ?
Oh non ! En 1914, les Indépendants exposaient sur les rives de la Seine, sous des tentes. Friesz, Manguin, Marquet me disaient ‘Viens avec nous’. Quelle mouche m’a piqué ? Je n’en sais encore rien. Je lâche Paris, la dure bataille des artistes, je pars dans la brousse, mène une vie de sauvage, peignant quand ça me chante… et reviens 13 ans après… »
« – Naturellement, vous étiez alors complètement oublié ?
Évidemment, ‘D’où sort-il celui-là’ a-t-on dit quand on m’a revu en 1927 ! Et cela m’a nui. J’ai mis du temps à me faire connaître, et c’est seulement depuis quelques années que l’on parle vraiment de moi, que des amateurs relativement nombreux s’intéressent à mes travaux. Je ne regrette rien. Quand je serai mort, mon œuvre prendra sa place, j’ignore laquelle. Moi, j’aurais seulement peint par plaisir de peindre, c’est l’essentiel. »
Francois TISMA